/// Heures supplémentaires : l’interdiction de l’employeur ne suffit pas si la charge de travail les rend nécessaires ///

Cour de cassation, chambre sociale, 20 mai 2026, n° 25-10.943

Dans un arrêt du 20 mai 2026, la Cour de cassation rappelle une règle essentielle en matière d’heures supplémentaires : un employeur ne peut pas refuser leur paiement au seul motif qu’il avait expressément demandé au salarié de ne pas en effectuer.

Lorsque les heures supplémentaires sont rendues nécessaires par les tâches confiées au salarié, elles peuvent être dues malgré l’interdiction donnée par l’employeur.

Le contexte

Un cuisinier réclamait le paiement de nombreuses heures supplémentaires réalisées au cours de l’exécution de son contrat de travail.

La cour d’appel avait admis une partie de sa demande, mais refusé de prendre en compte les heures réalisées après le 21 avril 2021. À cette date, l’employeur lui avait expressément indiqué qu’il ne devait plus effectuer d’heures supplémentaires.

Pour les juges d’appel, cette interdiction suffisait donc à exclure leur paiement pour la période postérieure.

La Cour de cassation censure ce raisonnement.

Ce qu’il faut retenir

La Cour rappelle que le salarié peut obtenir le paiement des heures supplémentaires accomplies dans deux situations :

  • Lorsqu’elles ont été réalisées avec l’accord, au moins implicite, de l’employeur ;
  • Ou lorsqu’elles ont été rendues nécessaires par les tâches confiées au salarié.

Dès lors, une consigne de l’employeur interdisant, par principe, la réalisation d’heures supplémentaires ne suffit pas à écarter automatiquement leur paiement.

Encore faut-il vérifier si le salarié pouvait réellement accomplir les missions qui lui étaient confiées dans le cadre de son horaire normal de travail.

En l’espèce, la cour d’appel ne pouvait donc pas rejeter la demande au seul motif que l’employeur avait demandé au salarié de ne plus effectuer d’heures supplémentaires. Elle devait rechercher si ces heures étaient, en pratique, nécessaires à l’exécution de son travail.

 

Pourquoi cet arrêt est important

Cette décision rappelle aux employeurs qu’une interdiction écrite de réaliser des heures supplémentaires ne constitue pas, à elle seule, une protection contre une demande ultérieure en paiement.

Il existe en effet une différence entre la consigne donnée au salarié et les conditions réelles dans lesquelles son travail est organisé.

Un employeur ne peut pas confier une charge de travail nécessitant objectivement de dépasser l’horaire contractuel puis opposer au salarié qu’il lui avait interdit d’effectuer ces dépassements.

L’arrêt comporte également un second rappel important : c’est à l’employeur qu’il appartient de démontrer le respect des durées maximales de travail, notamment la durée quotidienne maximale de dix heures et la durée hebdomadaire maximale de quarante-huit heures.

La maîtrise du temps de travail suppose donc non seulement des règles internes claires, mais surtout une organisation et un suivi effectifs de la charge et des horaires de travail.

 

Le rôle de l’avocat

J’accompagne les employeurs dans la sécurisation de l’organisation et du contrôle du temps de travail, afin de prévenir les contentieux liés aux heures supplémentaires : analyse de la charge de travail, procédures d’autorisation, dispositifs de suivi des horaires et respect des durées maximales.

J’interviens également aux côtés des salariés lorsque les missions qui leur sont confiées les conduisent, en pratique, à dépasser régulièrement leur durée de travail sans rémunération correspondante.

En cas de contentieux, l’enjeu consiste à reconstituer la réalité du temps de travail et, surtout, à déterminer si les heures supplémentaires étaient rendues nécessaires par les tâches confiées, indépendamment des consignes formelles données par l’employeur.

Franck REGNAULT